Ces jours-ci, de la presse française, au citoyen lambda, chacun y va de sa petite analyse. On se dit dans l'intimité que Obama ne remportera pas l'élection car il est noir et que les Etats-Unis ne sont pas prêts à élire un Président Noir. D'après les français, les élections seraient jouées d'avance.
Les élections américaines vues par la France
Dans ce contexte, la Une récente de Libération "Un Noir à la Maison Blanche?" me parait cohérente avec cette analyse biaisée. Mais est-il cohérent tout court de se cantonner à ce stade d'un débat condamné à ne jamais évoluer? A ce stade des élections, il me parait incongrue qu'on en arrive encore à un tel constat.
Attitude bien française à mon sens que de désigner Obama comme une noir, avant même de le désigner comme un Américain, ou même un homme. Inévitable réflexe lorsque l'on constate l'évolution lente de l'intégration des citoyens "issus de l'immigration" , comme on aime à nous le rappeler. Mais pourquoi un tel acharnement? Concernant les français issus de l'immigration, mais qui n'en sont pas moins installés en France depuis des générations. Et pourquoi un tel acharnement sur la couleur de peau d'Obama?
Un débat qui ne se traduit pas de façon aussi caractéristique aux Etats-Unis, ou la culture veut que, contrairement à ce que nous pouvons penser, la couleur de peau n'empêche en rien l'ascension sociale, et ce jusqu'au plus hauts sommets de l'État.
Ce serait aussi sans compter sur l'extraordinaire capacité de l'Amérique de surprendre le reste du monde par son habilité à rebondir et à bouleverser la donne. Une habilité qui se résume à un pilier fondamental de la culture américaine, celui du "Everything is possible" (Tout est possible, même les rêves les plus fous peuvent être accomplis).
Enfin cette analyse omet un facteur important. Le vote de la nouvelle génération, et le retour en grâce des valeurs fondamentales américaines. Car c'est précisément ce que la candidature d'Obama représente. Le rêve américain dans toute sa splendeur.
La confrontation de 2 Amérique: l'enjeu se situe là
Dans l'Amérique que je connais il y a bel et bien 2 Amérique distinctes:
1. L'Amérique d'Obama: celle du "Yes We Can": une vision politique qui unifie plus qu'elle ne divise.
C'est l'Amérique de Shaft, qui exulte le peuple noir lors du Wattsax Festival en 1972 par son "I am black, I am beautiful, I am powerful, I must be respected" (je suis noir, je suis beau, je suis puissant, qu'on me respecte!), des James Brown, Mohamed Ali, et des Kennedy.
Celle d'une "More Perfect Union" clamée par Obama. Une Amérique dont les problèmes ne sont "ni noirs, ni blancs, ni hispaniques, ni asiatiques, mais des problèmes qui nous concernent tous", une Amérique qui se bat pour "réduire l'écart entre la promesse de nos idéaux et la réalité de leur temps". Une Amérique dont la constitution "promettait à son peuple la liberté et la justice" et "dont l'idéal de l'égalité des citoyens devant la loi est le cœur". Une Amérique tout simplement plus proche de ses fondements!
C'est une Amérique qui assume son identité cosmopolite et qui en revendique sa richesse. Une Amérique plus tolérante, définitivement plus favorable à l'égalité entre les citoyens, en faveur de l'établissement d'un système de santé plus juste (est-ce réellement supportable en 2008 de constater que plus de 40% de la population n'a aucune couverture sociale?!) mais qui paradoxalement s'est imposé auprès d'un électorat principalement élitiste. Qu'entend-t-on par élitiste? C'est le grand défi que le parti démocrate aura à relever à l'avenir. Reconquérir l'Amérique profonde. Le processus est en marche avec la candidature d'Obama mais il est loin d'être achevé.
C'est enfin l'Amérique qui voit Obama comme un Américain avant de le considérer comme un Noir!
2.
L'Amérique de Bush et de McCain: celle du "For God and Country": une
vision politique qui divise plus qu'elle n'unifie le peuple américain.
C'est l'Amérique des Nixon, Reagan, des Bush...
Une Amérique littéralement représentée par l'Amérique profonde. En 2004, L'Amérique se retrouve divisée par le vote démocrate sur chaque cote du pays (Est et Ouest) et le reste du pays, qui a voté pour George W. Bush( voir carte ci-dessous, #1)
C'est L'Amérique du "marche ou crève", du chacun pour soi, ou l'on vit ou survit. Une Amérique plus brutale, plus agressive aussi et très souvent beaucoup moins emphatique à l'égard des immigrés, et méfiante à l'égard de celui qui ne leur ressemble pas (Voir Carte ci-dessous, #2)
C'est aussi une Amérique beaucoup plus religieuse, souvent représentée par la parfaite famille conventionnelle américaine, qui sous la façade qu'elle s'assure de maintenir, est souvent rongée en réalité par toutes sortes de problèmes au sein de son nid familial. Car leur orientation politique a un effet direct sur leur vie privée. En refusant à tout prix l'intervention de l'État, et en ne comptant que sur soi, l'individu finit par se refuser le droit à une vie plus structurée, l'accès à une vie un peu plus équilibrée. En résultent souvent les drames propres à l'Amérique. Adolescents en crise (qui tuent comme de véritable serial-killer dans leurs écoles), mères adolescentes, etc. Lorsqu'il n'y a pas de structure familiale, il y a dérive. Faut-il enfin rappeler que le parti républicain est aussi celui qui soutien sans relâche le droit du port d'armes?
Enfin, c'est typiquement l'Amérique qui voit Obama comme un Noir avant de le considérer comme un Américain!
(carte Electorale de 2004)
("Hate Groups". Les groupes de la haine: pas moins de 67 groupes recensés au Texas en 2008. Le Ku Klux Klan toujours présent, le groupe Néo-Nazi, les Black Séparatistes, les Racistes Skinhead, l'identité chrétienne, les noms parlent d'eux memes!)
Les inconnues du vote américain
La particularité du vote américain? C'est qu'il peut basculer d'une seconde à l'autre pour des milliers de raisons.
- Le vote: une machine rouillée
On peut voter par courrier (les américains résidant en France ont voté il y a plus de 3 semaines!), sur une machine dans un bureau électoral, mais qui bien souvent n'est pas fiable...des facteurs qui augmentent le risque de confusion et le risque de disparition des votes; les Républicains sont d'ailleurs très forts à ce petit jeu là ("Le 7 novembre 2000, 537 voix hasardeuses en Floride suffirent à propulser à la Maison Blanche un fils à papa", Télérama, Numéro Spécial USA).
- Un système électoral complexe
Ajoutez à cela que les Etats-Unis entretiennent un système électoral plus que complexe! Des Grands Electeurs (des voix qui pèsent plus que d'autres selon les Etats), des Etats-Clés (qui pèsent donc plus que d'autres),
- le Ticket McCain/Palin
Décision stratégique judicieuse de la part de McCain que d'avoir invité Sarah Palin a rejoindre le ticket Républicain. Malgré ses gaffes à répétition, Palin se révèle être un atout incontestable pour la candidature de McCain. Elle est redoutable en communication politique dans le sens ou elle touche un électorat clé dans cette élection. Palin sait s'adresser mieux que quiconque à l'Amérique profonde. En se proclamant être une véritable "soccer mom" (un symbole aux Etats-Unis) à la fois vulnérable (sa famille n'est pas parfaite et rencontre les mêmes problèmes que la famille traditionnelle américaine) et paradoxalement tenace et impitoyable ( qui possède le cran pour s'imposer en politique et qui s'est faite toute seule, à la force du poignée).
- Le vote Latino
Il serait plus que difficile de décortiquer le vote Latino en quelques lignes.
Le vote Latino, souvent divisée selon le pays d'origine des Sud-Américains (Cuba, Mexique, Colombie, Porto Rico), tend cependant à accorder principalement sa confiance aux Démocrates.
Le fait qu'Obama, en tant que candidat métisse, multi-racial, et qui transcende tous les clivages, leur ressemble plus que McCain, fera-t-il basculer leur vote?
- Le vote de la "Middle Class"
Une middle class prise en sandwich. Le travailleur moyen perd d'abord son pouvoir d'achat, puis se voit expulser de son habitat car il n'est plus capable d'assumer les crédits cumulés (les refinancements multiples sont monnaie courante aux Etats-Unis). Une middle-class en proie à la désillusion, qui logiquement votera pour un candidat démocrate qui propose des programmes d'aides sociaux, mais aussi désabusée et qui ne croient plus vraiment eu rêve américain.
- Les impondérables
Une attaque terroriste sur le sol américain donnerait la victoire immédiate à McCain, car l'Amérique replongerait dans la psychose post-11 septembre. Un des atouts du parti républicain consiste en effet à alimenter ce genre d'atmosphère qui leur est propre ,notamment par l'utilisation d'une politique de la peur bien rodée, basée sur les niveaux d'alertes diffusés sur les chaines américaines de façon quotidienne. Un tel évènement viendrait également justifier la politique menée par l'administration Bush, et la justification de la guerre en Irak, que McCain récupérerait alors à son avantage puisqu'il a soutenue cette décision.
Sans oublier que McCain "n'est jamais aussi bon que lorsqu'on le donne perdant" (John McCain, le survivant par Marjorie Paillon)


















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