Rendez vous ce vendredi soir à Asnières pour une
Rencontre-débat sur la réalité en milieu carcéral, avec comme invité d’honneur
Karim Achoui,
Un débat publique organisé par Le
Mouvement Citoyenneté et Démocratie impliquée
dans l’action au sein des quartiers difficiles organise cette rencontre-débat,
qui précise :
« Nous avons décidé d’inviter Maître
achoui condamné sans réelles preuves, emprisonné et récemment remis en liberté
conditionnelle grâce a l’action de ses avocats, du tissu associatif et de
son très actif comité de soutien présidé par Monsieur Rachid NEKKAZ.
Face à la situation actuelle de
surpopulation dans les prison (63 000 prisonniers dont plus de 12000 en
surnombre qui vivent dans des conditions dégradantes), aux rapports de plus en
plus difficiles entre jeunes des quartiers et police, et à une dégradation
importante du contexte sociale et économique pour cette l’année 2009. Les
politiques publiques menées dans le domaine sécuritaire et carcérale ne nous
sembles plus cohérentes.
Afin d’éviter l’aggravation des
tensions dans les cités, qui risque d’entraîner la radicalisation d’une partie
des habitants, trop souvent discriminés et marginalisés et de préserver
la cohésion nationale. »
Karim Achoui rend tout d’abord hommage à son Comité
de soutien, présidé par son ami rachid Nekkaz (ancien candidat à l’élection
présidentielle), et qui a fait preuve d’une solidarité exemplaire à son égard,
ainsi qu’aux surveillants de la prison de Nanterre « courtois avec moi
même si je n’ai bénéficié d’aucun traitement de faveur ».
Il revient sur son incarcération, les conditions de
détentions, inhumaines. Politique de tout répressif, surpopulation, il affirme
que, de ses 50 jours de détention, il retient que dans de telles conditions
d’insalubrité et confiné à l’isolement, ce qui est le cas de 65,000 détenus en
France, s’opère «une véritable destruction de l’esprit. La prison n’est en
aucun cas un système de rédemption ou de réinsertion ».
Un sentiment de solidarité s’empare de la salle.
Pour cet homme mal-jugé, enfermé sans preuves. De part sa condamnation et sa
rétention injustifiée, Karim Achoui suscite l’émoi et le respect de nombre des
jeunes présents. Des jeunes confrontés à des réelles difficultés sociales et
qui n’ont aucun mal à s’identifier à Karim Achoui. Ils ressentent la même
injustice. Tous les jours. Un vent de désarroi commun, de ras le bol général,
de souffrance psychologique même souffle sur la salle. Je suis frappée soudain,
mais peu surprise par l’espoir que Karim Achoui suscite auprès de ces derniers.
Qui se disent que l’ascenseur social peut aussi fonctionner pour eux, et que le
travail peut être payant et récompensé, que tout est possible…
Une admiration qui contraste avec la représentation
faite de cet homme dans les médias.
Le débat interminable sur l’apparence de Maitre
Achoui, son supposé cadre de vie, n’ont pas de raison d’être ici. Les problèmes
abordés sont plus profonds que les futilités sur lesquelles on s’attarde dans
les médias (une attitude finalement bien franco-française, qui a bien du mal à
se faire à la culture du résultat et décidément à la notion de mérite).
Aucune remise en question de l’intéressé qui
apparaît plutôt comme un modèle de dignité, la figure emblématique et
symbolique d’une génération en mal de leaders qui leur ressemble. Une sorte
d’Obama français avec la « French touch » en prime, en sorte.
Les questions fusent . « Il est difficile
d’être à la fois avocat et arabe. Que pensez-vous de cela ? » Et
Karim Achoui de répondre « Jusqu'à cet épisode je pensais que la France
me garantirait un procès libre et équitable. Hors la justice a été rendu de
manière irrévérencieuse ».
Et d’ajouter « c’est la peur du pouvoir politique dans le contexte actuel qui a fait que j’ai été libéré. Peur des dérapages, d’un embrassement de la population ». « Car aujourd’hui, le pouvoir en place n’a pas trouvé la solution à un mal, la banlieue. Ils en ont peur ».
D’après Karim Achoui, « nos juges sont à
l’image de nos parlementaires ». C’est à dire « pas à l’image de la
France ou des gens présents dans cette salle. Nous n’avons pas la même couleur
de peau ». »D’autre part on ne dénombre aucun avocat issu de
l’immigration au Conseil de l’Ordre aujourd’hui ».
L’un d’entre eux souligne que « beaucoup de
jeunes portent espoir en toi Karim. Tu as brisé un plafond de verre ».
Un autre insiste sur le fait que « on a tous vu en vous pendant vos 50
jours d ‘incarcération, un porte parole contre les injustices et les
discriminations. Allez-vous, au delà de votre histoire, vous lancer dans la
lutte ? faire en sorte que cela ne se reproduise plus ? Nous
représenter ? »
Karim Achoui répond simplement qu’il n’a pas la
prétention d’entrer en politique mais que cette expérience lui a fait prendre
conscience qu’il se devait de représenter les victimes d’injustices « quelque
soit leur culture, leur nationalité et leur parcours », en commençant
par les personnes incarcérées injustement. Ceux qu’on appelle communément les
« prisonniers sans preuve ». Une déclaration qui s’en suit d’une
démarche annoncée le lendemain sur son blog. Maitre Achoui va créer une
Fondation, un collectif composé de plus de 100 avocats et d’étudiants et qui
aura pour objet « d’apporter une aide
juridique, financière et une écoute attentive aux femmes et aux
hommes condamnés sans preuves matérielles dans nos prisons françaises ».
De nombreuses préoccupations légitimes lors de ce
débat donc, pour des jeunes désemparés, malmenés, instrumentalisés trop
souvent. Précarisation accrue, exclusion dans l’emploi et dans bien d’autres
domaines, tout change mais rien ne change.
La diversité reste, malgré le regain d’attention
pour ce thème au lendemain de la prise de pouvoir de Barack Obama, un thème
controversé voir tabou. A l’exception de Radio France qui a consacré toute la
journée du 19 janvier au thème de la diversité sur ses antennes, la journée de
la Diversité est quasiment passée à la trappe.
Les initiatives en terme de diversité sont éparpillées et les résultats des promesses tenues par le Gouvernement se font attendre. Les jeunes des banlieues ne voient rien venir, malgré les beaux discours. Ils assistent impuissants à l’évolution des mentalités aux Etats-Unis, à la fin de la question raciale, ce qui ne fait que souligner d’autant plus l’écart criant et absurde entre l’image de la nouvelle Amérique et de la nouvelle administration d’Obama, et le refus de la France d’accepter son propre changement d’identité. Je n’ai eu de cesse que de clamer depuis l’ouverture de ce blog la négligence dont font preuve nos élites, celle de rejeter une frange entière de sa population, tout ces jeunes français issus de l’immigration, qui se retrouve sans perspective d’avenir, cantonnés à leur seule identité communautaire, celle que nous nous délectons à leur coller ! Pourquoi ce refus systématique d’accepter purement et simplement le nouveau visage d’une France métissée, riche de sa diversité ?
Il faut dire qu’en matière d’injustices, la France
ne fait pas bonne figure en ce moment. Une Rama Yade dépouillée de ses
fonctions, écartée de la scène politique, punie ! Des reconduites de
sans-papiers à la frontière en masse ! Le pays de la Déclaration des Droits
de l’Homme n’est plus ce qu’il était.
Alors oui la France est une poudrière et il ne
faudra pas s’étonner que la frustration populaire se fasse entendre de manière
violente dans un futur proche. Car ce serait une grosse erreur que de qualifier
la crise actuelle que nous traversons comme une simple crise financière. Nous
vivons avant tout une grave crise sociale et politique, et la crise financière
ne fera qu’empirer la situation.. Tant qu’on aura pas compris que les problèmes
ne se résolvent pas tout azimuts, à grand coup de réformes adoptées à la
va-vite, mais que les problèmes doivent être traités à la base, la situation
risque de se détériorer dangereusement.
Ce genre de
débats permettra t-il de rétablir au centre des préoccupations gouvernementales les
changements cruciaux à opérer au sein de nos prisons ? Rien n’est moins
sur !
Photos à
l’appui : l’identité de la nouvelle administration américaine. Constatez
par vous même !
Annie Leibovitz photorgaphs the "O" Team
Vanity Fair.com
A lire aussi :
De Lofti Bel Hadj, Président de l’Observatoire
Economique des Banlieues
Extraits…
« L’autre victime de cette histoire, c’est…une
certaine idée de la République. Ce n’est pas seulement le sort de Karim Achoui
que je pleure, c’est le sort de cette République qui n’honore plus ses
principes. Cette République qui repose sur un système de duperie et d’illusions
ne devrait plus tromper qui que ce soit. Car Karim Achoui n’a pas été condamné
pour ce qu’il a fait. On sait qu’il n’a rien fait. Il a été condamné pour ce
qu’il est, ou plutôt pour ce qu’on a voulu qu’il soit : un avocat
« d’origine douteuse » dont on ne supportait ni la réussite ni le
talent. Or la France d’aujourd’hui ne semble pouvoir et vouloir accepter que
ceux qu’elle a elle-même choisi, ceux qu’elle a elle-même intronisé sous ses
ors, ceux qu’elle a elle-même mis en avant, ceux qu’elle a elle-même… mis au
pas. Ne soyons pas dupes de cette république de « casting » qui ne
veut pas de ces symboles qui se font tous seuls, et qui s’étonne, s’effraie de
tout ce(ux) qu’elle n’a pas elle-même fabriqué. Elle vaut tellement mieux et
tellement plus.
Alors je le redis, ne soyons pas dupes. Ce n’est pas Karim Achoui seul qui est condamné, ce sont tous les Karim Achoui que compte et que comptera de plus en plus notre pays. Combien de temps durera la cécité de cette République qui refuse de les voir ? L’histoire a déjà montré que lorsque l’on s’en prenait à un bouc émissaire pour diviser le corps de la nation, pour épancher ses peurs et exclure des citoyens, il y avait toujours des sursauts civiques pour rappeler à la République ses principes d’égalité et de justice, mais surtout… d’égalité devant la justice. Soyons de ceux qui accompagnent ses sursauts salvateurs. C’est notre responsabilité et notre tâche communes d’aujourd’hui. Parce que cette affaire est symptomatique de dysfonctionnements que nous avons le devoir de révéler et de dé-construire, faisons de cette affaire le symbole de notre engagement à restaurer une idée plus digne de la République. Osons en faire, symboliquement, notre « affaire Dreyfus » ! Et comme un symbole ne vit qu’au travers des usages que nous en faisons, sachons investir cet héritage de l’histoire pour le renouveler, le relire autrement pour aujourd’hui et surtout pour demain. L’affaire Achoui ne fait que commencer car nous sommes tous des Karim Achoui.
Challenges, 22 janvier 2009
« Emploi : la poudrière des banlieues »
Liaisons
Sociales Magazine de février 2009
Liens
http://www.citoyennete-democratie.com/
http://www.banlieues-respect.org/
Revue de Presse Journée de la
Diversité
Un bilan mitigée comparé à l’exposition médiatique
autour de l’intronisation d’Obama le lendemain.
France
Info :
1/ El Yamine Soum/ Le Téléphone Sonne
Alain
BEDOUET
« Quelle diversité dans la République de 2009 ? »
- Azouz BEGAG, sociologue, romancier, ancien ministre délégué
à la Promotion de l'égalité des chances, qui publie "Dites-moi
bonjour" aux Editions Fayard
- Patrick WEIL, auteur de La République de la diversité, aux Editions du Seuil
- La République des idées, qui a aussi publié "Liberté, égalité,
discriminations : l'identité nationale au regard de l'histoire" chez
Grasset
- El Yamine Soum, chercheur à l'EHESS, co-auteur de "Discriminer pour
mieux régner" (Editions de l'Atelier)
Réalisation : Lauranne THOMAS
Le Téléphone Sonne
rtsp://streaming.od.tv-radio.com/france_inter/TELSONNE/TELSONNE20090119.rm
2/ Ça vous regarde - Demain, un Obama français ?
Résumé :
Arnaud Ardouin et ses invités se fixent pour objectif d'analyser l'actualité
parlementaire afin d'aider les citoyens à en saisir les différents aspects.
Chaque jour, députés, experts et personnalités décortiquent un thème ou un
point fort de l'actualité. Reportages, chroniques, débats, interventions des
internautes créent un espace d'échange ou l'information n'est pas simplement
présentée ou compilée mais analysée, débattue et échangée. «Ca vous regarde»
installe un lien entre parlementaires et citoyen.
Casting :
Présentateur
:
Arnaud Ardoin –
Invité
:
Rachid Kaci (conseiller technique de Nicolas Sarkozy sur la Diversité)
- Mathieu
Mbarga Abega (journaliste et écrivain) - Michel
Wieviorka (directeur d'études à l'EHESS)
Rachid Kaci : Ancien
vice-Président de l'association "France Plus"
Fondateur de
l'association "Democratia"
Conseiller technique, sur
la Diversité, de Nicolas Sarkozy
George
Pau-langevin :
Députée Socialiste,
radical, citoyen et divers gauche de Paris
Membre de la commission
des lois
AvocateMembre du Conseil
municipal du 20ème arrondissement de Paris
Membre de la section
française de l'Assemblée parlementaire de la francophonie
3/ Une
journée exceptionnelle Le Mouv' / Radio France
100 % diversité !
L'élection
de Barack Obama comme Président des Etats-Unis relanceenforce le débat sur la
diversité et la représentation des minorités en France...
A la veille de l'intronisation du 44ème Président américain, Radio France,
premier groupe radiophonique français et pionnière dans l'engagement en faveur
de la diversité, propose à ses 13,5 millions d’auditeurs une journée
spéciale sur la thématique de la diversité.
A 17h00, Ben reçoit Mouss et Hakim (ex Zebda) du collectif
"Motivés" pour trois heures d’antenne en direct.
De 22h00 à minuit, Oxmo Puccino, un artiste poète qui mélange les
sonorités hip hop et Jazz. C'est Bruno Lorenzi qui animera et accompagnera Oxmo
dans ses choix musicaux et d'invités à l'antenne
Radio France/Diversité





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